Des scientifiques explorent la création de bactéries miroir, promettant des avancées médicales. Mais ces micro-organismes pourraient-ils engendrer une catastrophe écologique ?
En février 2019, environ 30 biologistes synthétiques et éthiciens se sont réunis à un centre de conférence en Virginie du Nord pour discuter d’idées audacieuses à financer par la National Science Foundation (NSF). Parmi ces propositions, la création de bactéries synthétiques en miroir a capté l’attention, où les molécules biologiques seraient des images miroir de celles trouvées dans la nature. Ces bactéries, bien que structurées comme des bactéries ordinaires, auraient des protéines, des sucres et des lipides « inversés ». John Glass, un biologiste synthétique du J. Craig Venter Institute, souligne l’enthousiasme général autour de cette idée, la qualifiant de projet difficile mais potentiellement révélateur sur la conception des cellules et l’origine de la vie. Les implications pour la médecine étaient également prometteuses, car ces microbes pourraient produire des molécules qui ne déclencheraient pas de réponses immunitaires indésirables.
Après la réunion, les biologistes ont recommandé à la NSF de financer plusieurs groupes de recherche pour explorer ces microorganismes. L’intérêt pour la biologie miroir s’est également étendu à l’international, avec des financements de la National Natural Science Foundation de Chine et du ministère fédéral allemand de la Recherche. Cependant, à l’horizon 2024, le climat a radicalement changé. Nombre des chercheurs présents à la réunion initiale ont commencé à exprimer des préoccupations quant aux dangers potentiels des organismes miroir, craignant qu’ils puissent proliférer sans prédateurs et échapper aux défenses immunitaires des êtres vivants.
Kate Adamala, biologiste synthétique à l’Université du Minnesota, a exprimé ses regrets face à cette évolution : « J’aurais aimé qu’un après-midi ensoleillé, en prenant un café, nous réalisions que le monde est sur le point de s’effondrer, mais ce n’est pas ce qui s’est passé. » Au cours des deux dernières années, ces scientifiques ont publié un article dans la revue Science, accompagné d’un rapport technique de 299 pages, traitant de la faisabilité et des risques des bactéries miroir. Ils ont également cofondé le Mirror Biology Dialogues Fund (MBDF), une organisation à but non lucratif visant à comprendre et à adresser ces risques. Ce sujet a suscité une attention médiatique considérable et a ouvert des dialogues entre chimistes, biologistes synthétiques et bioéthiciens, soulevant des questions cruciales sur l’avenir de la biotechnologie et ses implications pour la vie sur Terre.