Moderna se retrouve confrontée à une crise de confiance liée à la terminologie de ses traitements. Entre vaccins et thérapies, la biotech tente de naviguer dans un paysage réglementaire hostile.
Moderna, la célèbre entreprise de biotechnologie basée à Massachusetts, se heurte à un défi de communication majeur concernant ses produits. La société, connue pour son vaccin contre le covid-19, se trouve dans une position délicate alors qu’elle développe des vaccins à ARN messager (ARNm) contre la grippe et d’autres pathogènes émergents. Les scepticismes autour des vaccins, en particulier au sein du gouvernement fédéral, ont conduit à l’annulation de contrats essentiels, notamment un soutien de 776 millions de dollars pour un vaccin contre la grippe aviaire. En janvier, Moderna a même averti qu’elle pourrait devoir interrompre ses programmes de développement de vaccins.
En parallèle, Moderna explore un domaine de recherche prometteur en partenariat avec Merck, utilisant sa technologie ARNm pour traiter le cancer. Cette approche, qualifiée de “thérapie neoantigène individualisée”, a été soigneusement formulée pour éviter le terme “vaccin”. En effet, Moderna séquence les cellules cancéreuses des patients pour identifier les molécules anormales présentes à leur surface. Les informations génétiques de ces néoantigènes sont ensuite encapsulées dans un vaccin afin de stimuler le système immunitaire du patient pour qu’il cible et détruise ces cellules cancéreuses. Ce processus, bien que similaire à celui des vaccins contre le covid-19, vise à traiter le cancer plutôt qu’à prévenir une infection virale.
Cette année, lors d’essais cliniques, Moderna et Merck ont démontré que ces traitements réduisaient de moitié le risque de mortalité par récidive chez les patients atteints de mélanome, une forme agressive de cancer de la peau. Néanmoins, depuis 2023, Moderna a cessé d’utiliser le terme “vaccin contre le cancer” dans ses communications officielles, témoignant d’un changement de stratégie pour mieux décrire l’objectif de son programme. Ce changement de terminologie vise à dissocier les innovations de la peur des vaccins, exacerbée par des déclarations de responsables américains de haut niveau. Kyle Holen, responsable du programme oncologique de Moderna, a déclaré que, bien que “vaccin” puisse être un terme mal vu de nos jours, l’entreprise reste convaincue des avancées scientifiques permettant de combattre non seulement les infections, mais aussi les cancers.
En somme, la lutte de Moderna pour redéfinir ses traitements et conserver la confiance du public dans un climat de méfiance vis-à-vis des vaccins pourrait avoir des répercussions significatives sur l’avenir des thérapies innovantes dans le domaine de la santé.